vendredi 17 octobre 2014

Mercredi 20 juillet 1983 : Brévilliers - Fesches-le-Châtel.

Au matin, le GR 5 nous conduit dans le bois. Nous pénétrons dans le Pays de Montbéliard : bornes-frontières du XVIIIe siècle délimitant le Pays de Montbéliard et la France. C'est aussi la limite départementale entre la Haute-Saône et le Doubs. 500 mètres plus loin, nous pénétrons à nouveau dans le Territoire de Belfort.
Il fait lourd. Les taons sont agressifs et s'abattent sur nous en nuées. Après un long parcours sous bois, on contourne Châtenois-les-Forges. On pénètre dans le département du Doubs et on atteint le village de Nommay, aux portes de Sochaux. Après une erreur de parcours qui nous mène dans une pâture à taureaux, nous longeons une série d'étangs. Beaucoup de monde autour des plans d'eau...
On traverse un pâturage pour contourner le dernier étang et rejoindre l'autoroute A36. On suit alors un chemin de halage le long du canal de Montbéliard à la Haute-Saône puis du canal du Rhône au Rhin, jusqu'à Fesches-le-Châtel

Après avoir bu un pot, nous quittons le village bas par le cimetière et arrivons en lisière de forêt. C'est là, dans un pré au bord d'une pâture, que nous nous arrêterons ce soir, un peu à l'écart d'un passage de sangliers repéré plus loin. Nous passons la soirée devant la tente, bercés par le carillon des vaches de race montbéliarde (les premières que nous rencontrons sur le trajet). Comme hier, à 20h, il fait encore très chaud.

Jeudi 21 juillet 1983 : Fesches-le-Châtel - La Papéterie.

Nous reprenons notre marche sous une futaie de chênes et de hêtres, vers Dasles puis Vandoncourt. On rencontre ici le GR du Pays de Montbéliard avec lequel nous allons faire route commune.
Après le village de Vandoncourt, le sentier commence à s'élever. Nous abordons les bas plateaux calcaires du massif jurassien, et nous atteignons le pont Sarrazin. C'est une arche naturelle résultant de la dissolution du calcaire par les eaux. Le GR monte au-dessus de l'arche par un escalier en bois et continue sur le plateau, en forêt puis à travers des prairies. On traverse le village d'Abbévillers puis on descend dans un vallon encaissé jusqu'au café-restaurant La Papéterie (commune de Glay).

Nous installons notre tente à proximité et mangeons au restaurant : du poisson de la Doue, le ruisseau local. Le propriétaire nous propose l'hébergement, vu les risques d'orages (violents dans le vallon). Mais nous préférons notre tente. En la rejoignant, nous rencontrons un habitué qui arrive lentement en voiture suivi d'un chien et d'un sanglier !

Vendredi 22 juillet 1983 : La Papéterie - St-Hippolyte.

Il n'y aura pas eu d'orage.
Au matin, nous quittons la vallée et montons par un sentier jusqu'à la frontière franco-suisse. Nous allons suivre pendant 4 km cette frontière matérialisée par de grosses bornes en pierre. Nous la quittons pour traverser un grand pâturage et déboucher sur Villars-lès-Blamont.
Après ce village, le sentier aborde les montagnes du Lomont, chaîne montagneuse transversale qui sépare les bas plateaux des plateaux centraux du Jura. Nous atteignons une crête et rejoignons la redoute de l'ancienne batterie du fort du Lomont (804 m) : panorama sur le pays de Montbéliard et la trouée de Belfort.
Le GR continue sur un plateau à travers des pâturages. On rencontre deux passages canadiens, fréquents dans le Jura (fosses recouvertes d'une grille à rouleaux qui empêche le passage du bétail mais laisse la libre circulation aux véhicules).
A la ferme Le Tremblois, le GR 5 se sépare du GR du Pays de Montbéliard et atteint le village de Chamesol. On remarque les voûtes en pierre au-dessus des portes de grange, et sept fontaines, la plupart en eau.
Après le village, le GR descend dans la vallée du Doubs et arrive à proximité de St-Hippolyte.
Premier contact avec le Doubs qui, descendant des hautes chaînes du Jura, coule vers Montbéliard où il effectuera sa grande boucle et inversera son cours vers le sud-ouest jusqu'à la Saône.

Le sentier n'entre pas dans le village. Quant à nous, nous descendons au terrain de camping et nous y installons pour la nuit. Il y a beaucoup de monde, essentiellement des habitués qui s'y retrouvent chaque année.

Nous en repartirons demain matin par le bus et le train.


*****

Samedi 30 juin 1984 : Saint-Hippolyte.

Un an plus tard, nous revoici au camping de St-Hippolyte.

J'emmène la voiture à Pontarlier puis reviens en auto-stop.

De retour dans la soirée, je retrouve Viviane qui entre-temps a monté la tente. Nous passons la nuit au camping.

Dimanche 1er juillet 1984 : Saint-Hippolyte - ferme Montassier-dessous.

Nous quittons Saint-Hippolyte à 10h pour une semaine de marche.
Nous retrouvons le GR de pays pour un parcours commun avec le GR 5 jusqu'à Soulce-Cernay, dans la vallée du Doubs. Il fait beau ; la floraison est intense.
  

Après avoir traversé le Doubs et le village, nous stationnons au bord d'un chemin pour casser la croûte et nous reposer au soleil.
L'après-midi, nous montons par de blancs chemins calcaires vers les plateaux. Arrivés à la ferme de la Race, sur le plateau de Maîche, nous nous ravitaillons en eau puis atteignons Courtefontaine. Le sentier continue à travers le plateau, prend de l'altitude et atteint la ferme Montassier-dessous (sur la commune de Fessevillers).

Nous demandons l'autorisation de camper à côté de la ferme. Il est 17h. Nous sommes contents de tomber les sacs. Le terrain est en pente et l'herbe vient d'être fauchée. Ça pique !

Lundi 2 juillet 1984 : Ferme Montassier-dessous - les Neux de Faulx.

A 9h et quart, nous reprenons la route jusqu'à Fessevillers (861 m), village que nous traversons. Puis nous montons vers un petit sommet « Sur le mont de Fessevillers », en nous demandant quand l'orage va éclater. Le ciel est noir. Mais rien ne se passe.
Nous sommes dans le haut pays, le Haut Doubs. Nous laissons sur la gauche une variante du GR qui descend par Goumois et les gorges du Doubs.
Nous atteignons Urtière puis Charmauvillers. Nous faisons le plein de ravitaillement à l'unique épicerie du village, car nous ne trouverons plus rien pendant quarante km jusqu'à Villers-le-Lac. Les deux sacs à dos sont chargés à bloc.
Par une petite route, nous descendons jusqu'à une chapelle isolée, le Bief d'Etoz, au fond des gorges du Doubs. Une atmosphère étrange s'en dégage, due au temps couvert, à l'humidité ambiante et à l'étroitesse des gorges. De l'autre côté du Doubs, c'est la Suisse.
Après la chapelle, le Doubs s'élargit. Le sentier abandonne la rive et grimpe à travers bois, atteint la ferme de la Charbonnière, sur un replat. Il continue en sous-bois ou à travers prés jusqu'aux ruines des Neux de Faulx.
Il est 17h15. Un vieil abri forestier, ouvert à tout vent (et à la pluie) nous servira de refuge pour la nuit. Nous faisons un feu sous l'abri. Nous y installons la tente, pour nous protéger surtout des courants d'air et des gouttières, car la pluie s'est mise à tomber.

Mardi 3 juillet 1984 : Les Neux de Faulx - ferme des Planots.

Ce matin, le temps est couvert.
A travers bois, nous atteignons les Echelles de la Mort. C'est une succession de trois échelles métalliques qui descendent d'une corniche jusque dans la vallée du Doubs. C'est un ancien passage de chasseurs, à l'origine en bois. Elles ne portent pas leur nom. Depuis la veille, nous étions vaguement inquiets de ce passage. En fait, il suffit de tenir la main courante et de poser un pied bien après l'autre, sans grand risque.
Au bas des échelles, les gorges se resserrent. Nous rencontrons un couple de Néerlandais qui parcourt le GR 5. Nous allons les doubler ou nous faire doubler plusieurs fois dans la journée.

On arrive au barrage hydroélectrique du Refrain.
  

On gravit une échelle métallique et on longe le plan d'eau de Biaufond.


Le sentier domine le Doubs, franchit un éperon rocheux puis atteint le lieu-dit La Rasse, où se trouve un café-restaurant, engoncé dans les gorges. Un pont sur le Doubs permet de passer en Suisse. Quant à nous, nous restons sur la rive gauche et mangeons au bord de la rivière.
Le GR arpente la rive du Doubs. Le lit s'élargit un peu. Nous marchons le long de prairies humides et marécageuses jusqu'à un embranchement de chemins. Alors qu'une variante continue de remonter le cours du Doubs, le GR 5 bifurque et emprunte à travers bois le sentier Bonaparte, un étroit sentier en lacets qui grimpe sur le plateau. Viviane peine à monter. Quinze ans plus tard, elle s'en souvient encore ! *
Nous atteignons Grand'Combe-des-Bois, avec ses maisons cossues du Haut Doubs et ses « tués » caractéristiques (cheminées occupant le centre des habitations et destinées à fumer la viande).


Trois km après le village, nous nous arrêtons à côté d'une ferme isolée, la ferme des Planots, à 1000 m d'altitude. Il est 18h. Le temps s'est amélioré, mais il ne fait pas chaud. Nous plantons la tente à côté d'un enclos où des veaux s'amusent.

* Cet article a été rédigé en 1999.

Mercredi 4 juillet 1984 : Ferme des Planots - Villers-le-Lac.

La nuit a été fraîche.
Le GR continue derrière la ferme et descend dans le bois. Par un sentier aux nombreux lacets, il passe au pied de la grotte du Grenier, continue à flanc de coteau et monte au village du Pissoux.
Il redescend dans la vallée du Doubs au barrage du Châtelot, longe le plan d'eau dénommé lac de Moron.


 Barrage du Châtelot

Un beau sentier en corniche domine la rivière.



Au Saut du Doubs, la rivière se précipite dans les gorges en une chute de 27 mètres. Féerie d’une éclatante blancheur dans un bouillonnement d’écume…


En aval, plusieurs belvédères, des boutiques de souvenirs et un embarcadère.
Le sentier grimpe ensuite jusqu'à une route qui domine les bassins du Doubs et qui remonte la rivière pendant 7 km jusqu’à Villers-le-Lac, important centre d'horlogerie. De l'autre côté, le versant suisse est plus riant, mais la frontière s'éloigne perpendiculairement de la rivière. La gorge s'évase ; les bassins du Doubs s'étalent au bord des rives peuplées de chalets. Le Doubs est plus calme, à l'entrée de Villers-le-Lac. Des îlots de sable et de gravier parsèment son cours.

Il est 17h. C'est moi qui suis fourbu. Cette longue marche sur route m'a achevé. Viviane me traîne par la main. Nous nous dirigeons vers un gîte d'étape mais préférons nous installer au terrain de camping, au bord de la rivière. Après quoi, pour nous remettre de notre fatigue, nous irons manger dans un petit restaurant.

Jeudi 5 juillet 1984 : Villers-le-Lac - Vieux Châteleu.

Nous quittons le camping de Villers-le-Lac à 10h30, sous un beau ciel bleu.
Nous montons à travers prés et pâturages jusqu'à la crête-frontière avec la Suisse, le Haut des Roussottes, à une altitude de 1188 m. Nous allons suivre cette frontière sur plusieurs km, le long de murets en pierres qui matérialisent la limite d'état.
Nous grimpons jusqu'à 1280 m puis atteignons Le Gros Gardot (1090 m), hameau situé sur la frontière, avec un poste de douane. Le GR bifurque et s'engage sur le plateau. Il traverse des prés-bois (formation caractéristique du Jura) et des pâturages où pousse la grande gentiane, où paissent les vaches montbéliardes avec leurs clarines. Le sentier passe dans des prés de fauche où fleurit la trolle.


Au lieu-dit le Vion-Billard, on parvient à la corniche de Derrière-le-Mont (beau point de vue).

Le Vion-Billard


Corniche de Derrière-le-Mont


Nous longeons cette corniche, traversons le hameau des Cernoniers. Nous parcourons ensuite une longue combe qui aboutit sur une petite route à la ferme-auberge du Vieux Châteleu, située sur un col.
Il est 17h30. Nous mangeons une tarte aux myrtilles à l'auberge et demandons où nous pouvons dormir. L'aubergiste nous indique une pâture lui appartenant, à 300 m au-dessus de la ferme. Nous nous y installons, au milieu des prés non encore fauchés.
  

Vendredi 6 juillet 1984 : Vieux Châteleu - Les Alliés.

Nous quittons le pré à 9h.
A travers pâtures et bois, nous gagnons le sommet des Ages puis le gîte d'étape du hameau de Rozet pour atteindre Les Gras, village situé dans une combe à 880 m d'altitude.
Nous nous arrêtons pour manger à la sortie du village au bord d'une petite route.
Un peu avant les fermes du Théverot, jonction avec la variante du GR 5 par Montbenoît.
Quant au GR proprement dit que nous empruntons, il monte, après les fermes, le long de la rive gauche d'un torrent jusqu'à des pâtures situées en territoire suisse. On longe un mur de clôture. On trouve un sentier qui grimpe jusqu'à deux anciennes fermes situées à cheval sur la frontière (1200 m). On continue dans la même direction à travers les pâturages en suivant la frontière côté français jusqu'aux fermes du Cernet du Doubs. Le sentier devient rocheux puis oblique vers le fond d'un ravin.
Par un chemin forestier le long d'un ruisseau, on atteint Les Alliés, où l’on retrouve la variante de Montbenoît. 

A la sortie du hameau, vers 17h, nous rencontrons des paysans qui font les foins et leur demandons où nous pouvons nous arrêter. Ils nous proposent leur pré, devant la ferme des Bonjours. Nous y montons la tente. Le propriétaire nous met en garde : le chien « Toutou » n'aime pas les étrangers...

Samedi 7 juillet 1984 : Les Alliés - passage d'Entreportes.

Dernière et courte étape.
Nous nous levons tôt. Le chien Toutou n'est pas venu rôder autour de la tente.
A 7h30, nous continuons le GR à travers prés et bois : plusieurs barrières à franchir et à refermer à cause du bétail en pâture.
Au sortir des bois, un raidillon nous descend sur la route qui mène au passage d'Entreportes où nous arrivons à 9h45 : paroi rocheuse isolée dans l'étranglement d'une cluse et restes d'une ancienne caserne des douanes.

Par un sentier hors GR, nous gagnons Pontarlier où nous retrouvons la voiture à 11h, et nous rentrons à Schiltigheim.

*****

Lundi 25 août 1986 : Passage d'Entreportes - Malbuisson.

Deux ans plus tard, départ avec Viviane dans le Haut Doubs pour une marche d'une semaine dans le massif jurassien.  A 8h, nous quittons Pontarlier pour rejoindre à pied le passage d'Entreportes.

Au passage d'Entreportes, le GR 5 monte une combe puis, au-dessus d'une ferme, continue à flanc de coteau dans des pâturages. Il atteint la grange des Jantets (1096 m). Nous traversons encore des pâturages puis nous suivons une falaise qui domine la vallée du Doubs et arrivons au fort du Larmont Inférieur. Nous contournons le fort, d'où l'on domine La Cluse-et-Mijoux, bourg situé dans la célèbre cluse de Pontarlier où trois vallées se rencontrent.
Par un sentier en lacets puis des escaliers, on descend dans la cluse. On traverse la RN et on remonte de l'autre côté jusqu'au fort de Joux, bâti à partir du XIe siècle à 940 m d'altitude sur un rocher escarpé : haut lieu historique, l'un des rares édifices médiévaux que la Franche-Comté ait conservé intact.
Toussaint Louverture, héros de l’indépendance d’Haïti, y fut enfermé et y mourut.
Nous voulons visiter le fort. Mais il est midi, les portes se ferment devant nous. Alors, nous allons boire un pot à la buvette en contrebas puis mangeons sur un banc non loin du château.
L'après-midi, le parcours s’élève sur la crête boisée du mont Crossart pour ensuite s’abaisser et déboucher à Chaon et ses croquignolesques villas anciennes, au bord du lac de Saint-Point. Ce lac, formé par le Doubs, s’arroge le titre de plus grand lac naturel du massif du Jura.
Nous traversons Montperreux, surplombons le lac et passons à proximité de la Source Bleue. Nous nous détournons du GR pour descendre un raidillon qui mène à cette source.
Nous atteignons à 17h30 Malbuisson, agréable village situé en bordure du lac de Saint-Point.

Nous faisons étape dans un petit camping, dont nous serons les seuls hôtes. Il est tenu par une vieille dame qui se plaint de tout le monde, et notamment du restaurant d'à côté et de ses clients qui viennent pisser contre son mur... Par contre, elle a bien le sens des réalités (les tarifs !). Une fois la tente montée, nous allons manger du jambon et du fromage de pays au restaurant d'à côté (en essayant de ne pas trop nous faire voir !).

Mardi 26 août 1986 : Malbuisson - la grange Vannot.

Nous quittons Malbuisson à 8h30.
On monte sur une colline. Par prés et bois, on débouche sur un plateau divisé en pâtures avec des barrières, que l'on parcourt jusqu'au hameau de Touillon-et-Loutelet. On atteint ensuite le ballast d'une ancienne voie ferrée que l'on va suivre vers le sud, en contournant la station de ski de Métabief, jusqu'aux Hôpitaux-Neufs (990 m) : station de sport d'hiver et de villégiature d'été. En cette fin de saison, les touristes commencent à refluer. Bientôt la station retrouvera son calme jusqu'en hiver. Nous faisons quelques courses, car le GR ne traversera aucun village pendant 25 km jusqu'à Mouthe.

Nous quittons la station par un sentier qui s'élève en écharpe. Viviane ramasse une montre oubliée sur le chemin. Nous pique-niquons  dans la montée.
Après quoi nous grimpons à flanc dans une forêt de sapins et empruntons un layon très raide dans la ligne de plus forte pente. Une femme tente de faire monter son fils en pleurs qui refuse d'avancer. Nous rejoignons des pâturages puis le bord d'une falaise. Nous longeons un téléski et atteignons le sommet du Morond (1420 m). Nous redescendons dans une combe d'altitude puis, à travers un vaste alpage, nous nous dirigeons vers la corniche du Mont d'Or (dangereux à-pics). Le temps se met à changer et devient orageux.
Nous suivons ensuite pendant trois km une ligne électrique descendant vers l'ouest. On passe successivement près de plusieurs chalets. On s'arrête au chalet la Boissaude, café-restaurant à proximité d'une route goudronnée, pour manger de la tarte.
En sortant du chalet, la pluie commence à tomber, le vent se lève. On s'arrête aux granges Raguin sous lesquelles on s'abrite pendant une heure de l'orage qui déferle. Puis, comme la pluie ne s'arrête plus, on revêt les capes et courageusement (!) on repart. On arrive au chalet du Corneau, espérant y trouver un hébergement. Mais tout est fermé. On continue sous la pluie par un chemin tracé à même la dalle calcaire. A travers bois et clairières, nous arrivons à 19h30 à la grange Vannot (1173 m), baptisée « Hôtel des Sauvages », elle aussi fermée. Nous montons la tente sous la pluie dans la pâture à côté de la ferme (avec les troupeaux).

Mercredi 27 août 1986 : Grange Vannot - Chapelle-des-Bois.

Le matin, le soleil est de retour et inonde les pâturages. Nous démontons la tente et nous mettons en route à 8h45.
Le sentier se poursuit en direction de l'ouest à travers prés et bois. On débouche au-dessus du val de Mouthe où l'on découvre un paysage caractéristique de tourbières, petit coin de toundra dans le Jura. On arrive à la source du Doubs : la rivière sort d’une falaise en une résurgence. Les rochers sont éclatés par le gel ; l’eau est d’une extrême limpidité, et froide tout au long de l’année.
On gagne alors Mouthe (935 m).
Ce gros bourg surnommé  « la petite Sibérie » est un des points de France où il fait le plus froid. Il partage ce privilège avec L'Abbaye-en-Grandvaux, dans le département du Jura*. Le thermomètre en hiver descend régulièrement à -30°. Même l'été, l'air est -disons- vif.
Ce matin d'ailleurs, il fait particulièrement frisquet. Nous nous arrêtons, vers 11h, dans un bar. Tandis que d'autres randonneurs commandent un café bien chaud, nous préférons goûter un « vieux Pont » (Pontarlier), sorte d'anisette franc-comtoise. Ça réchauffe aussi !
Après la traversée du village, nous nous arrêtons pour pique-niquer, en bordure de bois, auprès d'un ruisseau.
Nous continuons en sous-bois ou en lisière pendant quelques km, puis sur une crête qui domine Chaux-Neuve. Nous rejoignons le hameau de Lernier. Ensuite nous montons fond de combe jusqu'à un col, traversons des pâturages et des clairières. Nous empruntons une petite route en lacets qui mène à une clairière en forme de croissant où paissent des chevaux, dite « chez l'officier ».
Nous poursuivons à une altitude autour de 1200 m puis rejoignons une route forestière, passons à proximité des chalets de Nondances et atteignons à 17h45 Chapelle-des-Bois (1080 m).
C'est un charmant village serré autour de son clocher à bulbe, au pied d'une impressionnante paroi rocheuse. Il a su conserver son cachet rural en développant un tourisme intégré, non destructeur de paysages.

Après cette étape de 27 km, nous nous installons dans un tout petit refuge montagnard, avec un dortoir de quelques matelas à l'étage. Nous allons manger une fondue jurassienne bien méritée dans un restaurant. Puis nous rentrons nous coucher. Une autre randonneuse passe la nuit avec nous. Viviane s'endort en pensant à la paroi rocheuse qu'il va falloir gravir demain matin !

* Je ne sais pas encore que dans douze ans je viendrai habiter non loin de là, à St-Laurent-en-Grandvaux.

Jeudi 28 août 1986 : Chapelle-des-Bois - abri du Long chemin neuf.

Nous quittons Chapelle-des-Bois à 9h15.
Après quelques courses à l'épicerie locale, nous gagnons la lisière de la forêt. Par un sentier qui monte en lacets sous bois, nous atteignons la crête. En fait, pas si difficile que ça, cette montée !
Nous passons à la croix du Risoux ou Roche Champion (1326 m) d'où l'on jouit d'un magnifique point de vue sur la vallée. Le sentier se poursuit entre le bord de la falaise et la ligne-frontière de la Suisse. On atteint le belvédère de la Roche Bernard.
Peu après, le GR quitte le département du Doubs pour entrer dans le département du Jura.
Nous allons parcourir la vaste forêt du Risoux (plus de 3000 ha) pendant toute l'après-midi, en empruntant routes et allées forestières, à des altitudes aux alentours de 1100 et 1200 m. Nous passons au carrefour de la Biche (1228 m) et atteignons à 17h l'abri forestier du Long chemin neuf, un peu à l'écart du GR sur la droite. C'est une petite baraque en bois, ouverte aux randonneurs.


En bas, une table et une vieille cuisinière à bois. A l'étage, un plancher pour dormir, accessible par une échelle. Nous y mangeons et y passons la nuit.
Scritch...scritch...

Vendredi 29 août 1986 : Abri du Long chemin neuf - Saint-Cergue.

-La souris a mangé la poire.-
Nous quittons l'abri à 8h.
Nous grimpons au sommet du Gros Crétet (1299 m) : relais radio-électrique. Puis nous dévalons un raidillon pour rejoindre une piste. A travers bois et prés nous atteignons Les Rousses, station touristique d'été et d'hiver. Nous y faisons quelques courses puis continuons notre marche en contournant le fort des Rousses, construit à partir de 1843 pour défendre l'important passage entre les cols de la Faucille et de St-Cergue, et les vallées de l'Orbe, de la Bienne et de la Valserine.
Nous atteignons, par des pâturages et un bois, l'auberge de jeunesse du Bief de la Chaille : jonction avec le GR 9 (sentier Jura – Côte d’Azur). Nous arrivons à 13h30 au bourg de La Cure (1150 m), situé sur la frontière suisse.
Depuis 1862 et le Traité des Dappes entre la France et la Suisse, la majeure partie du village est intégrée à la Suisse (commune de Saint-Cergue), en échange de portions de terrain dans la vallée des Dappes. Quelques maisons du village, qui avaient toujours été françaises, devinrent ainsi partiellement suisses. Certaines se trouvent aujourd'hui encore dans une situation particulière : traversées par la frontière, elles possèdent un pied en France et l'autre en Suisse…

Je pars en auto-stop jusqu'à Pontarlier pour rechercher la voiture. Je suis de retour à 17h.

Viviane m’attend dans un restaurant à cheval sur la frontière.
A 17h15, nous passons le poste-frontière et nous continuons le GR 5 en SUISSE (canton de Vaud). Le GR est balisé par des panonceaux jaunes et ne porte que la dénomination « Sentier européen E2 ».
Le paysage est dominé par le radar de la Dôle. On longe la voie ferrée du petit train de Nyon sur 500 mètres puis on entre dans le bois de la Pile. On traverse des pâturages, on suit une petite route jusqu'au hameau de Couvaloup-de-St-Cergue puis on atteint le hameau La Saint-Cergue. Par un chemin parallèle à la grande route, sous bois, « le chemin des Rocailles », on rejoint le camping de Saint-Cergue où nous nous arrêtons à 19h.
Ultra-propre, ultra-cher, avec tout de même un petit espace pour y mettre la tente.

Samedi 30 août 1986 : Saint-Cergue - lac Léman.

Au matin, nous traversons la petite ville touristique de Saint-Cergue. Des sculptures en métal et en ferraille sont exposées le long des rues.
Après la localité, le sentier descend vers le plateau suisse. Il emprunte pendant quelques kilomètres l'ancienne voie romaine qui reliait Nyon à ... Lutèce. La descente est agréable, à l'ombre. Par endroits, le dallage antique est encore intact. Par de belles échappées, on aperçoit le lac Léman et les Alpes. Après une fontaine, le sentier traverse une forêt en hêtraie-sapinière, termine sa descente de la barrière jurassienne et atteint la plaine genevoise.
Nous mangeons sur un banc de pique-nique le long de l'ancienne route Nyon - St-Cergue peu fréquentée. Devant nous, à l'horizon, un panorama étendu apparaît : le lac et les Alpes de Savoie dans toute leur splendeur.
Nous traversons le village de Trélex. Les drapeaux suisses sont omniprésents dans les propriétés. Viviane marche 200 mètres devant moi, car elle fait la gueule pour je ne sais plus quel motif ! Nous traversons de vastes étendues plates de champs dénudés, passons sous l'autoroute, traversons le domaine de Calèves et atteignons en longeant un petit ruisseau la ville de Nyon, au bord du lac Léman. Nous empruntons la rue qui traverse la ville et descend jusqu'à l'embarcadère. Il n'y a pas que des banques dans ce pays, mais aussi des palaces et des bijoutiers !
Il est 14h. Nous savons que l'an prochain les Alpes sont au rendez-vous de l'autre côté du lac.

Nous prenons à 15h03 le petit train de montagne qui remonte à La Cure, où nous retrouvons la voiture.

*****

Samedi 15 août 1987 : Lac Léman - Novel.

A 17h30, départ pour une marche de six jours dans les Alpes, en Haute-Savoie, de l'autre côté du lac Léman.
Saint-Gingolph  est un village-frontière avec la Suisse, partagé en deux par le torrent de la Morge.
Le sentier aborde à la sortie sud du bourg les Alpes du Chablais. Il longe la rive gauche de la Morge (frontière franco-suisse), le long du vallon de Novel. En 1h30, nous atteignons Novel  (960 m), agréable village de montagne, où se déroule une fête avec des musiciens.
Nous campons dans un pré, derrière le gîte d'étape. La tente est en pente ; mais le petit vin blanc de Savoie acheté au gîte nous le fait oublier…

Dimanche 16 août 1987 : Novel - chalet de la Cheneau.

Nous quittons Novel à 8h20, par une petite route qui mène à La Planche (1160 m), groupe de chalets en fin de route.
Nous traversons la Morge, grimpons par prairies et forêts, longeons le ravin des Vez. La montée s'accentue. Derrière nous, s'étend en contrebas le lac Léman.
Nous dépassons les altitudes maximum des Vosges et du Jura. Contournant un éperon rocheux, nous atteignons les chalets de Neuteu (1750 m). C'est un groupe de chalets d'alpage, en partie en ruines, au milieu des épilobes en fleur. La montée était rude, et le soleil est chaud. Nous y trouvons de l'eau et casse-croûtons en compagnie d'autres randonneurs.
Après le repas, nous atteignons en vingt minutes, à 1873 m d'altitude, le point de jonction avec la variante du GR 5 venant de Thonon-les-Bains. Le GR se poursuit vers le sud sur une sente d'abord peu visible puis très apparente dans le haut des prairies et atteint le col de Bise (1916 m). Dans les alpages, le sentier est quelquefois difficile à distinguer. Il descend en lacets jusqu'aux chalets de Bise, situés dans un joli site de montagne, terminus d'une route venant de Vacheresse, au pied des Cornettes de Bise. Un refuge du Club Alpin y est installé. Beaucoup de monde, ce dimanche, venu en voiture y passer l'après-midi.
A partir des chalets, nous remontons sur l'autre versant, par un sentier rude en lacets, au milieu des pierrailles et sous un soleil qui cogne. Nous atteignons le Pas de la Bosse (1815 m) où nous nous reposons un moment, profitant de la vue sur les Dents du Midi.
Le chemin dévale ensuite vers le chalet de la Cheneau, à 1590 m d'altitude. Curieux spectacle : un drapeau « Shell » flotte au-dessus de la ferme, en pleine montagne, loin de toute route carrossable.
Arrivés au chalet à 18h30, nous demandons au chevrier la permission de camper à côté, au milieu des troupeaux. Nous y trouvons de l'eau et du fromage, et y passons la nuit.

Lundi 17 août 1987 : Chalet de la Cheneau - col des Mattes.

A 8h, nous entamons la descente vers les chalets de Chevenne ; puis, par une petite route qui suit un ruisseau, nous atteignons La Chapelle d'Abondance, charmant village savoyard avec des chalets à balcon rustique, dans le val d'Abondance. Nous buvons un pot et faisons des courses, car il n’y aura plus de ravitaillement jusqu'à Samoëns.
Nous attaquons ensuite l'autre versant de la vallée : une très belle montée sous bois, le long du torrent des Mattes. Nous pique-niquons sur des alpages.
Poursuivant au bord de petits torrents, nous atteignons une combe. Nous la remontons jusqu'à une crête boisée débouchant sur un plateau herbeux. En cours de route, nous nous lavons dans un ruisseau. Nus et les pieds dans l'eau, un petit instant hors du temps !
Au bout du plateau, nous atteignons le chalet de la Torrens. Il y a du linge qui sèche ; mais nous ne rencontrons personne, excepté les troupeaux dans les alpages. Nous ne trouvons guère d'endroit pour camper, alors que la fatigue se fait sentir. Derrière le chalet nous remontons dans un vallon puis, à travers des éboulis rocheux assez raides, nous arrivons enfin à 18h30 au col des Mattes (1910 m).

Viviane, épuisée, ne peut plus avancer. Nous décidons de camper sur l'alpage, entre la Pointe des Mattes et la Tête de la Torrens. Le temps se gâte, le ciel se couvre. Nous nous croyons seuls au monde, à cent mètres d'un abri destiné au bétail.
C'est alors que nous apercevons, à 200 mètres de nous, une autre tente et un feu de camp. Intrigué, je m'en approche et rencontre un original, américain d'origine allemande, disciple de Nostradamus, qui a décidé de passer la nuit en prière auprès de son feu. Car, c'est certain, cette nuit il va se passer un phénomène exceptionnel !
Des traces de pneus prouvent qu'il n'est pas monté à pied. En effet, l'autre versant de la montagne est accessible en 4x4. C'est par là que quelqu'un l'a amené pour le rechercher le lendemain ! Il me donne des fruits, et je rejoins Viviane sous la tente.
En fait d'événement exceptionnel, à 19h30 l'orage éclate. Un orage violent, interminable, comme il s'en trouve fréquemment en montagne. Et pas un endroit pour se protéger : ni arbre, ni bâtiment accessible. Nous sommes en plein cœur d'une étendue dénudée, véritable cible pour la foudre. Une grande partie de la nuit, la pluie va tomber, l'orage tonnant et roulant tout autour de la montagne. La foudre succédant à la foudre, à partir de minuit, c'est une luminosité perpétuelle qui va nous éclairer pendant une heure. La tente tient bon. A côté de moi, Viviane dort d'un sommeil profond.
Et puis, brusquement, vers 1h du matin, tout s'arrête. Rassuré, je m'endors rapidement.
                                          

Mardi 18 août 1987 : Col des Mattes - col de Chésery.

J'entrouvre la tente. De la brume s'élève tout autour, sur le col. Un troupeau de chamois passe sur la crête puis replonge dans le brouillard. Pas un bruit. Nous déjeunons et démontons la tente. 
Nostradamus est invisible, perdu dans la brume.
A 10h, nous commençons à descendre vers le sud-ouest. Nous traversons une combe. En cours de route, la brume se lève derrière nous sur les sommets. On aperçoit la tente de Nostradamus. Il n'a pas été foudroyé et a dû se terrer comme nous toute la nuit !
On franchit à gué deux torrents ; on atteint un groupe de fermes encore en exploitation : pas trace de vie. On traverse une forêt et l'on gagne au milieu d'un terrain herbeux, parfois marécageux, le col de Bassachaux (1783 m).
A priori, un col de cette altitude est surtout habité par des rafales de vent. Mais le tourisme a des ressources. En débouchant du sentier, on tombe sur une route carrossable, un parking plein et une terrasse de restaurant. Nous nous y arrêtons. Le soleil fait sa réapparition. Le pire est après, sur le chemin qui monte vers le col de Chésery : les promeneurs sont nombreux, disent bonjour à tout le monde et cueillent les fleurs protégées ! Ce sentier qui fut auparavant un parcours de haute montagne fréquenté par les montagnards et les marmottes est devenu un boulevard.
L'après-midi se termine. Après avoir traversé de vastes alpages, nous arrivons au col de Chésery (2025 m), sur la frontière franco-suisse. Il est 17h30.
Les foules ont disparu comme si elles n'avaient pas existé. Le télésiège du côté suisse s'est arrêté. Nous restons seuls dans les alpages, juste sur la frontière. Impression magique. Nous montons la tente dans ces vastes paysages et y passons la nuit, qui sera fraîche, dans le calme et la solitude.

Mercredi 19 août 1987 : Col de Chésery - refuge du Tornay.

Nous émergeons au petit matin. La splendeur de la montagne nous frappe. A cette altitude, plus aucun arbre ne vit. Des herbes rases poussent entre les rochers. La gamme des couleurs se limite au vert des pâturages et au gris de la pierre.
Le sentier se poursuit en SUISSE, dans le canton du Valais. Nous descendons vers le refuge du Lac Vert où claque le drapeau suisse. Nous retrouvons les marquages jaunes helvétiques.


Nous contournons le petit lac et nous élevons progressivement par un chemin qui atteint les Portes de l'Hiver (2150 m). De grands corbeaux croassent, un aigle plane. Nous jouissons d'une vue exceptionnelle sur les Dents du Midi, les Dents Blanches et la Tête de Bossetan. Au cours de la descente, un rocher se détache, roule dans les alpages et blesse une vache. Le GR longe la base des arêtes frontalières, accède à plusieurs chalets. Nous entendons nos premières marmottes qui sifflent dans les rocailles du versant sud-ouest.
Par de nombreux lacets au milieu des rhododendrons, le GR s'élève vers le col de Coux (1925 m), à la frontière franco-suisse. Nous passons devant la cabane de la douane, inutilisée, puis mangeons dans les alpages notre nourriture lyophilisée de montagne. Quel que soit le menu, tous les sachets ont le même goût !
Nous poursuivons notre marche en FRANCE, dans les montagnes du Faucigny. Nous traversons une prairie, une forêt de conifères, une combe herbeuse et une vallée que l'on franchit à flanc. On rejoint les chalets d'alpage de Bonnevalette puis on monte jusqu'au col de la Golèse, au pied des escarpements rocheux de la Pointe de la Golèse. C'est un important point de passage d'oiseaux migrateurs.
Nous rencontrons d'autres randonneurs qui effectuent avec nous le trajet restant, à travers les prairies et les rocailles. Nous remontons le bas de la combe d'Avouille. En débouchant sur une autre combe, nous atteignons le refuge de Tornay, dans le Haut Giffre. C'est un refuge gardé où nous allons nous désaltérer et prendre le repas du soir avec les autres randonneurs. Ambiance chaleureuse, où l'on parle de randonnées et de sommets à « faire ».

Viviane et moi préférons dormir sous tente. Nous nous éloignons hors de vue du refuge. [En Haute-Savoie, il est interdit de camper à moins d'une demi-heure de marche d'un refuge.] Nous installons la tente derrière un replat pour y passer la nuit.

Jeudi 20 août 1987 : Refuge du Tornay - Samoëns.

A 8h30, nous entamons la descente par les chalets de Bossetan. Nous traversons sur un chemin de jeep la forêt de Bossetan jusqu'au hameau des Allamands, village pastoral avec une chapelle. On suit une petite route puis, par des prairies, on atteint le torrent d'Oddaz, déversoir du glacier de Folly (Foillis). Nous enjambons le torrent sur un petit pont et descendons en pente douce vers Samöens (730 m), où nous arrivons à 11h30. C'est une agréable station touristique d'été et d'hiver, dans la vallée du Giffre. 

Nous mangeons rapidement dans un restaurant. Ce sera le point final du GR 5 pour Viviane.

 Nous rejoignons par bus et par train notre voiture que nous avions laissée devant la gendarmerie de St-Gingolph.

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Dimanche 2 septembre 1990 : Samoëns.

 

Trois ans plus tard. J’arrive vers 19h30 à Samoëns, dans notre fourgon Trafic, avec Viviane et Jean-Lionel. 
Nous nous installons dans un camping et faisons un barbecue. Viviane et moi dormons sous tente et Jean-Lionel dans la camionnette.

Lundi 3 septembre 1990 : Samoëns - lac d'Anterne.

Vers 9h, je pars seul pour randonner sur le GR 5, dans les Alpes du Faucigny. Viviane ne marche plus avec moi sur des dénivelés trop importants, suite à une opération des pieds.

Je quitte Samoëns avec un sac à dos légèrement chargé. Je remonte le cours du Giffre jusqu'au pont Perret (oratoire de 1826). Je franchis le torrent sur un pont, emprunte un large chemin, atteins une vaste prairie jusqu'à une passerelle sur le Giffre. Je grimpe dans une étroite gorge, ancien lit du torrent. Les ressauts rocheux sont équipés d'échelles. C'est un site remarquable, avec des cuves calcaires polies par l'eau pendant des millénaires. A la sortie des gorges, le GR serpente au pied des falaises, atteint un balcon par une nouvelle échelle puis longe un versant rocheux. Un chien me tient compagnie pendant plusieurs kilomètres.
J'atteins le hameau du Fay (dépendant de Sixt-Fer-à-Cheval). On trouve au bord du torrent un ancien moulin qui abritait une scierie et probablement un moulin à huile. Je passe ensuite au pont de Sales, traverse un torrent à gué puis monte en forêt jusqu'à la cascade du Rouget. C’est un impressionnant déversoir naturel d’eau vive, d’une centaine de mètres de hauteur, semblable à un toboggan taillé dans la roche, jaillissant en deux chutes successives.

Toujours en montant, le sentier atteint les chalets du Fardelet (1035 m), au bord d'une route. J'y attends Viviane et Jean-Lionel qui me rejoignent pour manger.
L'après-midi, comme il n'y a plus de possibilité de se retrouver avant Chamonix, je repars sous le soleil, avec mon sac à dos lourdement chargé, vers le massif des Aiguilles Rouges. 
Je monte en forêt, longe le torrent de Sales, passe à proximité des cascades jumelles de la Pleureuse et de la Sauffla (1450 m).
Par le flanc nord de la pointe de Sales, j'atteins le collet d'Anterne (1800 m). Je traverse un alpage et arrive à un petit plateau où se dressent les chalets d'Anterne (refuge gardé). Je m'y arrête pour boire une bière.
Je grimpe, en coupant de nombreux petits torrents, jusqu'au lac glaciaire d'Anterne, à 2060 m d'altitude. C'est un beau lac de montagne, dans une large dépression. Le site est sauvage. A mon arrivée, les derniers pêcheurs quittent le lac et redescendent au refuge. Je décide de planter ma tente sur la rive.
Rapidement le soleil disparaît mais éclaire encore longtemps les sommets. Après avoir mangé, je me donne du courage avec une petite fiole de « schnaps ». Un troupeau de moutons en transhumance sur les crêtes se profile en ombres chinoises devant l'horizon rougi par le soleil couchant.
La nuit tombe sur le lac...

 

Mardi 4 septembre 1990 : Lac d'Anterne - le Brévent.

Je quitte le lac vers 9h30 et monte au col d'Anterne (2264 m). Il fait beau et froid.
Magnifique panorama sur la chaîne du Mont Blanc et les Aiguilles Rouges. J'en profite pour faire sécher la tente.
Du col, le sentier descend sur la cantine de Moëde, domine le lac du Laouchet, passe au-dessous des chalets de Moëde et aux abords de la tête de Jeubont. Il atteint le pont d'Arlevé (1597 m), sur la Diose qui creuse en aval de profondes gorges. Ce pont est enlevé à l'automne et remis en place au début de l'été. Je m'arrête au pont pour manger au-dessus du torrent.

Ensuite j'entame une longue, longue ascension qui, par les ruines des chalets d'Arlevé, et à travers le pierrier d'Envers du Brévent, mène au col du Brévent. La montée de ce pierrier est un calvaire. Le sac est lourd, le terrain difficile. Je m'arrête tous les cent mètres pour reprendre mon souffle et boire.
Au col, des plaques de neige subsistent par endroit. Jonction avec le GR du Tour du Mont Blanc avec lequel le GR 5 va avoir un itinéraire commun jusqu'au col de la Croix du Bonhomme.
C'est l'entrée dans le pays des glaces et du roc. Les deux GR montent par le versant nord puis, à travers un chaos de rochers, atteignent le Brévent (2526 m). Ce sommet est le belvédère du Mont Blanc d'où l'on peut suivre le développement complet des grands glaciers des Bossons et de Tacona. Mais aujourd'hui, le temps au sommet est bouché. J'y trouve la station supérieure du téléphérique venant de Chamonix ainsi qu'un restaurant. Il fait froid, je ne m'attarde pas.
Je descends dans les éboulis. Un peu plus bas, le temps s'améliore. Je m'arrête à 2400 m d'altitude pour établir mon bivouac, entre des rocailles et de maigres pâturages. Quelques randonneurs descendent du Brévent pour rejoindre la vallée ou un refuge. Quant à moi, les 1000 m de dénivelé ainsi que la traversée du pierrier me suffisent pour aujourd'hui.
Je prépare ma nourriture de montagne avec le petit réchaud. Quelques brebis et béliers en pâture s'approchent de la tente. Rien d'intéressant pour eux ! Je rentre rapidement sous tente dès que le soleil quitte mon petit terre-plein. La nuit sera froide.

Mercredi 5 septembre 1990 : Le Brévent - Les Houches.

A 9h15, j'entame la descente en suivant tout d'abord l'arête sud-ouest du Brévent pour atteindre un chalet en ruine, la cantine de Bellachat. Vue grandiose sur le massif du Mont Blanc qui étire ses dômes neigeux et ses aiguilles de granite.
Je perds rapidement de l'altitude, coupe des ravins, traverse des forêts de conifères et atteins la réserve d'animaux du Merlet. Je m'arrête pour faire sécher la tente puis je longe la clôture du parc, d'où j'aperçois des bouquetins en semi-liberté.
Je passe devant la statue du Christ-Roi, continue à descendre dans la vallée pour atteindre Les Houches, à 1008 m d'altitude, à l'entrée de Chamonix. [1400 mètres de dénivelé en descente.]
Il est 12h30. Je mange dans un petit restaurant et retrouve ensuite Viviane et Jean-Lionel qui m'attendent dans un camping des Houches. Nous y passons l'après-midi.
Le soir, nous allons tous les trois manger une fondue savoyarde. Beaucoup de restaurants et de commerces sont fermés. -Ambiance hors saison-
Nous passons la nuit au camping.