vendredi 17 octobre 2014

Avertissement

Normalement, dans un blog, les articles les plus récents sont ceux qui apparaissent en premier, les plus anciens étant accessibles à la fin par un menu déroulant.
Par contre, pour faciliter la lecture, les articles de ce blog, maintenant terminé, sont classés par ordre chronologique.
Pour cela, les dates d'édition ont été modifiées, les articles plus anciens devenant les premiers à la lecture.Ce qui fait que la mention de bas de page "articles plus anciens" renvoie en fait aux articles plus récents.


L'introduction de Jean-Marie Mengin




GR 5 / E2

Sentier européen
Mer du Nord - Méditerranée

(Hoek-van-Holland – Nice)

-2300 km-



En 1947, est créé par le Comité National des Sentiers de Grande Randonnée le GR 5, reliant Saverne à Nice.
Se faisant, il utilise dans les Vosges le sentier au rectangle rouge créé en 1897 par le Club Vosgien, parcours nord - sud de la chaîne des Vosges, précurseur des sentiers de grande randonnée.
En 1954, le Luxembourg demandant à être relié au réseau, le tracé a été modifié. En provenance de Lorraine, il pénètre alors dans les Vosges à Abreschviller et rejoint le sentier au rectangle rouge au col de l'Engin.
Le sentier européen E2 Mer du Nord - Méditerranée, dans sa variante hollandaise, épouse le parcours du GR 5, depuis Bergen-op-Zoom jusqu'à Nice. Le balisage en Belgique a été entrepris à partir de 1959. La portion Hoek-van-Holland - Bergen-op-Zoom, créée beaucoup plus tard, utilise le LAW 5-1, l'un des maillons du réseau néerlandais de grande randonnée.

Le GR 5 / E2 relie la Mer du Nord à la Méditerranée sur un parcours de 2300 km à travers les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et toute la France. Il débute dans les plaines de l’Europe du Nord, gagne le massif des Ardennes puis la bordure est du Bassin parisien, les Vosges, la trouée de Belfort, le Jura, effleure le plateau suisse et traverse les Alpes.
Ce faisant, le GR 5 parcourt le parc naturel régional de Lorraine, le parc national de la Vanoise, le parc naturel régional du Queyras et le parc national du Mercantour. Les parcs naturels régionaux des Ballons des Vosges et du Haut Jura n’ont été créés qu’après mon passage.

D'abord sentier de proximité d'un jour ou d'un week-end dans sa traversée de l'Alsace et de la Lorraine, le temps de parcours s'est progressivement allongé à la semaine, vu l'éloignement des points de départ. J'ai parcouru ce sentier de 1981 à 1997 : alternativement vers le sud depuis Abreschviller jusqu'à Nice (1981 - 1994), ou vers le nord d'Abreschviller à Hoek-van-Holland (1982 - 1997). Viviane a parcouru avec moi la portion allant de Hoek-van-Holland à Samoëns (Haute-Savoie). J'ai terminé seul le trajet dans les Alpes.

Première partie

Première partie
vers le sud


Abreschviller - Nice



Lundi 20 avril 1981 : Abreschviller - col de l'Engin.

Lundi de Pâques.
Départ d'Abreschviller, en Lorraine (département de Moselle) pour une marche sur le GR 5 avec Viviane, à 12h40.
Après le hameau de Lettenbach, le sentier grimpe en forêt.
Trajet dans les Vosges moyennes mosellanes sur les croupes boisées du grès vosgien de l'ère secondaire qui, peu inclinées, s'élèvent lentement jusqu'au Donon. Le grès colore tout en rouge, les rochers comme le sable du chemin. Nous dérangeons quelques chevreuils qui s'enfuient devant nous en aboyant.
Arrivé au carrefour forestier des Quatre-Chemins (442 m), le sentier s'élève en pleine solitude forestière, passe au col de Leidenstein, à la Belle Roche (537 m), à la pierre St Quirin, rocher en forme de fauteuil, et à la borne Brignon, pierre milliaire romaine. Le sentier continue toujours en pleine forêt, passe au col de la Croix-Simon, grimpe sur les flancs de la Malcôte et atteint le Sac de Pierre, autre pierre milliaire.
On arrive au col de l'Engin (789 m) à 17h20 et l'on pénètre en Alsace (département du Bas-Rhin).
Au col de l'Engin, le GR rejoint un des grands itinéraires nord - sud des Vosges, à l'origine des sentiers de grande randonnée : le sentier au rectangle rouge, créé en 1897 par le Club Vosgien (Wissembourg - Masevaux). Il est aujourd'hui partagé entre le GR 53 et le GR 5.

Viviane va rester ici à m’attendre. Quant à moi, je descends à Abreschviller avec le vélo que nous avions emmené dans la voiture et laissé au col avant la marche. En cours de descente, il commence à neiger.
Je remonte au col de l'Engin en voiture, puis nous rentrons à Schiltigheim.

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Vendredi 14 août 1981 : Col de l'Engin - col entre les deux Donon.

Dans l'après-midi, départ avec Viviane, Ploum, Gilbert Ardouin et Katia pour une marche dans les Vosges jusqu'à dimanche. Nous laissons une voiture au Hohwald et l'autre à la maison forestière Grossmann.
A 19h30, nous commençons à marcher tous les cinq sur le GR 53, sentier des Vosges du Nord Wissembourg - Schirmeck, jusqu'au col de l'Engin, où nous faisons la jonction avec le GR 5.

Ploum, Gilbert Ardouin, Katia, Viviane et moi suivons le balisage historique au rectangle rouge du Club Vosgien. Le GR 5 et le GR 53 ont un parcours commun jusqu'à Schirmeck.
Promenade tranquille sur un chemin forestier. Nous arrivons au col entre les deux Donon (823 m), en pleine forêt, à 20h30.
Nous installons notre campement au col, où nous allons passer une agréable soirée en forêt. Ploum, Gilbert et  Katia dorment sous une tente, Viviane et moi sous l'autre.

Samedi 15 août 1981 : Col entre les deux Donon - le Struthof.



Après avoir pris le petit déjeuner dans la nature et plié les tentes, nous partons vers 9h15. Il fait beau et le temps sera chaud.
On grimpe en lacets jusqu'au sommet du Donon (1009 m), antique centre culturel des Celtes : temple à Mercure, vestiges gallo-romains, table d'orientation, point de vue remarquable.
Visage insolite du Donon : un ancien musée en forme de temple grec, construit en 1869. Heureusement, la souscription publique à l'époque n'a réuni que 400 F. Autrement, la montagne aurait été défigurée par quelque chose de plus grandiose encore !
On redescend ensuite sur l’autre versant par un magnifique sentier dallé de grès. De grands blocs rocheux traînent dans la forêt. On passe à la Pierre des Druides (rocher à cuvettes) puis au col du Donon, important carrefour routier.
Du col, un petit sentier sur la droite descend vers la vallée. Il fait chaud et les sacs à dos sont lourds. On se rafraîchit à un ruisseau sur les tempes et les poignets. On contourne Grandfontaine. Après la route du col, on s'engage sur un sentier à flanc de colline qui, à travers la forêt, mène à Wackenbach-Haut. Nous mangeons dans la nature puis aboutissons sur la N392 que nous suivons jusqu'à Schirmeck, dans la vallée de la Bruche.
C'est ici la fin du GR 53. Le GR 5 continue seul son parcours. C'est aussi la fin des Vosges gréseuses. Nous abordons maintenant une partie plus cristalline du massif vosgien.

Après Schirmeck, le sentier monte à la Côte du Château (castel médiéval reconstruit). Par la croix de Barembach et la fontaine Léopold, on atteint en 1h30 le camp de concentration du Struthof.
Tristement célèbre, cet ancien camp d'extermination fut aménagé par les Allemands (1941-1944), pendant l’annexion nazie. On y trouve un mémorial, un cimetière national et un musée.
Il est 17h30. Katia est épuisée. Nous montons sur un sommet près du Struthof à 858 mètres d’altitude, où nous installons notre campement. Nous faisons un feu. Le coucher de soleil est splendide sur les sommets vosgiens. Nous discutons autour du feu jusqu'à minuit.

Dimanche 16 août 1981 : Le Struthof - Le Hohwald.

Nous reprenons la marche sur le GR à 10h15.
Au col de Chenagoutte, nous quittons la route, rejoignons une source captée. Nous atteignons le Champ du Messin (1031 m). Un groupe de randonneurs s'y désaltère à la fontaine Beschtein.
A partir de là, nous randonnons sur le vaste dôme granitique du Champ du Feu, à travers des prairies d'altitude. On fait une pause casse-croûte en cours de route.
On passe à la Katzmatt, au rocher de Rathsamhausen, à la ferme de la Vieille Métairie. On arrive au col du Champ du Feu (1075 m), aux abords d'un vaste plateau à découvert, ancienne tourbière. Du col, le sentier descend à angle aigu, dans les pins raboteux et les sorbiers en contrebas. On atteint la source de l'Andlau, puis en une heure on arrive à la belle cascade du Hohwald, en pleine forêt. On passe à la pierre commémorative du Grand Sapin de Strasbourg.
Nous atteignons à 17h Le Hohwald (570 m), station touristique et climatique, entourée de collines et de vastes prairies.

Je pars avec Gilbert récupérer l'autre voiture à la M.F. Grossmann. Puis nous rentrons à Schiltigheim avec tout le monde.

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Dimanche 27 septembre 1981 : Le Hohwald - Andlau.

A 8h30, Viviane et moi quittons Le Hohwald et montons en forêt. Humidité ambiante, brouillard stagnant.
Nous atteignons la M.F. (maison forestière) Welschbruch, contournons le versant sud du Kienberg et arrivons au carrefour de la Bloss. Un sentier accessible par des marches nous conduit au Mur païen.
Vaste enceinte préhistorique datant du VIIIe siècle avant J-C, remaniée par les Romains au IVe siècle, c'est un mur en pierres, aux blocs soigneusement taillés, avec une technique d'assemblage par des joints en bois de chêne en forme de queue d'aronde.
Le sentier suit le Mur païen et aboutit au couvent du Mont Sainte-Odile (764 m), centre culturel et religieux alsacien, lieu de pèlerinage (monastère fondé au VIIe siècle par sainte Odile). A la sortie du couvent, le sentier suit un chemin de croix puis réemprunte pendant 500 mètres le même trajet qu'en arrivant. Nous bifurquons à gauche et prenons un repas tiré du sac, sur un rocher.
Nous traversons le plateau forestier de la Bloss (823 m) puis atteignons les rochers du Maennelstein (point de vue sur la plaine du Rhin, la Forêt Noire et les Vosges). Nous longeons le versant sud de la Bloss, sortons de l'enceinte du Mur païen. Nous passons au kiosque Jadelot puis à la ruine du château du Landsberg.
Ensuite c'est la descente vers la maison forestière du Moenkalb et les collines viticoles du piémont des Vosges. On traverse les vignes du Kirchberg et on atteint Barr. Après la traversée de la ville, le GR 5 continue dans le vignoble par la Route du Vin jusqu'à Mittelbergheim, puis atteint Andlau, jolie petite ville alsacienne avec de vieilles maisons à colombage.

Nous retournons au Hohwald par un autre chemin. Nous y arrivons, fourbus, à 18h, après plus de trente km de marche dans la journée.

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Dimanche 14 mars 1982 : Andlau - Schulwaldplatz.

Départ en deux voitures avec Viviane, Jean-Yves et Marie-France. Nous en laissons une dans la zone du Bernstein et partons avec l'autre à Andlau.

A 11h, avec nos copains Jean-Yves et Marie-France, nous traversons la ville d'Andlau. Par un chemin boueux dans la forêt, nous atteignons en une heure la M.F. Grückert. Nous mangeons devant la maison forestière, transformée en refuge des Amis de la Nature.


L’après-midi, nous attaquons les flancs de l'Ungersberg jusqu'au col éponyme. A partir de là, nous marchons dans la neige jusqu'au sommet.


    




Le sommet de l'Ungersberg (901 m) est le point culminant de toute la région, qui domine la dépression de roches tendres du val de Villé : tour, point de vue, plate-forme d'observation.
Du sommet, on descend en lacets très raides jusqu'à un petit col. Sur ce versant, la neige a disparu. Le GR contourne le Baerenberg et poursuit sa descente par des chemins forestiers. En cours de route, une crotte de renard bien en évidence sur le sentier me donne l'occasion d'expliquer à Jean-Yves et Marie-France les notions de territoire chez les mammifères.

Nous nous arrêtons à 17h au Schulwaldplatz, parking forestier en bordure de route où nous avons laissé une des voitures.

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Dimanche 21 mars 1982 : Schulwaldplatz - Montagne des Singes.

Trajet avec deux voitures.

Aujourd'hui, c'est avec Gisèle que nous commençons à marcher à 11h depuis Schulwaldplatz.
On passe au carrefour du Kaesmarkt puis à proximité des ruines du château du Bernstein, qui se profile dans la brume non loin du chemin.


              

On atteint la ruine Ortenbourg, ancien château fort du XIIIe siècle, surmonté d'un puissant donjon pentagonal que nous visitons.  On y a une vue sur le Ramstein, un autre château en contrebas.

              

                                                                                                           Le Ramstein, vu de l’Ortenbourg


Nous passons ensuite par la ruine du Ramstein et descendons dans le val de Villé. Nous atteignons l'hôtel restaurant Hühnelmühl puis rejoignons la route qui mène à Châtenois.
Viviane décide d'enlever ses nouvelles chaussures de marche qu'elle portait depuis ce matin. Echange avec des baskets. Ouf, ça va mieux!
Le GR évite le centre de Châtenois et remonte de l'autre côté de la vallée pendant une heure jusqu'à l'ancienne maison forestière de Vick (395 m), la Montagne des Singes.
C'est un vaste enclos d'une vingtaine d'hectares dans la forêt, où vivent en liberté quelques 250 magots (ou macaques de Barbarie), originaires du Maroc.
Il est 16h30. Nous y retrouvons une de nos voitures.

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Samedi 29 mai 1982 : Montagne des Singes.

Week-end de la Pentecôte.
A 17h30, nous partons en deux voitures pour Le Bonhomme puis la Montagne des Singes.

A 19h30, Ploum, Gilbert Ardouin, Viviane et moi sommes à nouveau ensemble sur le GR 5. Nous installons notre campement peu après la Montagne des Singes, à côté du GR, dans une friche à genêts : une tente pour Ploum et Gilbert, une autre pour Viviane et moi.

Dimanche 30 mai 1982 : Montagne des Singes - ruines du Bilstein.

A 9h15, nous entamons notre marche sur le GR 5 avec une nouvelle incursion dans le grès. Nous atteignons le château du Haut-Koenigsbourg (755 m). C'est le seul château fort alsacien complètement reconstruit, avec possibilité de visites guidées. 25 mn après l’avoir quitté, nous atteignons le col du Schaentzel où nous pénétrons dans le département du Haut-Rhin.
Le GR 5 arrive à Thannenkirch, village touristique. Nous traversons la localité ; nous nous désaltérons à une fontaine car il commence à faire chaud.
Le sentier se poursuit dans une forêt de hêtres, puis de sapins et de mélèzes. Nous atteignons dans l'après-midi les ruines du château du Haut-Ribeaupierre : le plus haut des trois châteaux de Ribeauvillé (650 m). Le donjon est accessible : il y a une belle vue sur la région. On descend ensuite en 15 minutes au château de Saint Ulrich, le mieux conservé des trois châteaux.
-A l'est, hors GR, le château du Girsberg, à 10mn-
Le sentier continue sa descente. Un peu plus bas, on longe des rochers impressionnants et l'on rejoint à travers les vignes Ribeauvillé : route des vins, ambiance « carte postale »...
Nous traversons la ville. Nous arpentons l’autre versant de la vallée à travers une longue forêt de châtaigniers puis de hêtres et sapins. On atteint le col forestier du Seelacker, carrefour important de chemins et de sentiers.
A partir de là, nous cherchons un endroit pour bivouaquer. Il fait toujours chaud et les sacs sont lourds, mais les tiques nous attendent dans les hautes herbes ! Nous remontons encore 500 mètres jusqu'à un autre carrefour forestier, non loin des ruines du Bilstein.

Il est 19h. Nous montons le camp à la croisée des chemins et faisons un feu pour cuire les côtelettes. Chacun vaque alors à ses activités. Un peu plus tard, un garde-forestier viendra nous dire que les feux sont interdits. Mais les côtelettes sont déjà cuites !

Lundi 31 mai 1982 : Ruines du Bilstein - Le Bonhomme.

Le matin, je descends à pied avec Ploum dans la vallée. Nous y avons rendez-vous avec Joëlle et son père à 10h. Avec eux, nous remontons au camp en voiture par les chemins forestiers.

Joëlle va marcher avec nous.
A 10h15, départ tous les cinq vers les ruines de l'ancien château fort de Bilstein. Nous visitons le donjon. Après quoi, nous tournons en rond et nous ressentons comme une impression de « déjà vu » : retour au point de départ...
Du carrefour, nous cheminons ensuite à flanc de montagne, au milieu des chênes, bruyères et fougères, jusqu'au rocher du Koënigstuhl (938 m), en forme de trône, d'où le nom « siège du roi ». Nous longeons la crête et passons au rocher du Tétras. Les jeunes pins sont pleins de lichen qu'ils portent comme des vieux barbus. L'endroit est sauvage, avec les rochers de poudingue en conglomérats de grès et de galets jonchant le sol.
Nous sommes maintenant dans les Hautes Vosges, la partie cristalline du massif vosgien, dont les roches variées (granites, gneiss, grauwackes) remontent à l'ère primaire.
Les Hautes Vosges ont été fortement relevées à l'ère tertiaire et vigoureusement attaquées par l'érosion des eaux courantes et des glaciers au quaternaire. Le grès a disparu, victime de cette érosion.
Nous atteignons Aubure (800 m), le village le plus haut des Vosges. Rien à voir avec les villages viticoles. Aubure a des maisons solides faites pour l'hiver.
Le sentier continue entre bruyères et myrtilles. Il monte à travers la forêt jusqu'à la Pierre des trois bans (1128 m) : limite des bans communaux d'Aubure, Fréland, Ste-Marie-aux-Mines.
En contournant le Rehberg, nous atteignons le sommet du Grand Brézouard (1229 m), le plus haut massif vosgien granitique au nord de la vallée de Kaysersberg : vue grandiose parmi les landes et les pins rabougris.
Le temps devient lourd. Nous gagnons le col des Bagenelles (refuge du Club Vosgien) et continuons la descente. Vers 18h, l'orage éclate. C'est sous la pluie que nous atteignons Le Bonhomme, village situé dans la montée du col éponyme entre Colmar et Saint-Dié. Nous y retrouvons une de nos voitures à 18h30.

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Dimanche 20 juin 1982 : Le Bonhomme - calvaire du Lac Blanc.

A 10h30, départ du Bonhomme avec Viviane et notre ami algérien Salim.
Le sentier monte à travers prés et bois puis atteint l'étang du Devin. C'est un étang transformé en tourbière, encaissé dans un entonnoir rocheux. La zone est protégée, la flore intéressante.
Le sentier monte ensuite en lacets dans une forêt pittoresque d'une âpre beauté sauvage et atteint sur les chaumes la Roche du Corbeau (1130 m). Des ouvrages importants réalisés par les Allemands pendant la guerre de 14-18 parsèment le sommet. Avant d'arriver au rocher, on passe devant la station supérieure du funiculaire qui montait de Lapoutroie et qui était relié aux ouvrages de la Tête des Faux par un tunnel de 1100 m de long.
On atteint la Tête des Faux (1220 m). Le sommet est constitué par un amoncellement impressionnant de rochers. Les blocs de granite s'entremêlent avec le béton et les poutres rouillées.
Les Allemands avaient ici leur plus puissante forteresse. Cet ensemble fortifié était unique dans ce genre sur tout le front.
Nous pique-niquons sur les sommets, au milieu des pensées des Vosges (Viola lutea). La vue est splendide.
Le sentier descend ensuite à travers des éboulis jusqu'au carrefour Duchêne où se trouve un cimetière militaire français. Par un chemin forestier qui contourne les deux Têtes des Immerlins, on atteint le refuge Tinfronce et le calvaire du Lac Blanc, col situé au-dessus du lac.

Depuis le calvaire, Viviane, Salim et moi retournons au Bonhomme par le GR 532 : passage par le sommet de la Tête des Immerlins. Nous y arrivons à 16h30.

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Samedi 24 juillet 1982 : Calvaire du Lac Blanc.

Viviane et moi arrivons à 19h15 au calvaire du Lac Blanc. Pluie, vent, brouillard... Nous restons confinés dans la voiture à cause du mauvais temps. Nous y mangeons et y passons la nuit.

Dimanche 25 juillet 1982 : Calvaire du Lac Blanc - collet du Tanet.

A 9h20, malgré le temps bouché, nous quittons le calvaire du Lac Blanc et montons sur les Hautes Chaumes, longue crête au-dessus du Lac Blanc, sur l'ancienne frontière entre la France et l'Allemagne, aujourd'hui limite du Haut-Rhin et du département des Vosges. On suit la corniche au-dessus du Lac Blanc. On passe ensuite à l'aplomb du Lac Noir jusqu'au Gazon du Faing (1302 m).
Malheureusement le mauvais temps (pluie et vent) nous empêche de bénéficier d'une vue très étendue sur les lacs et la plaine d'Alsace.
Pendant la période glaciaire, le gel et le dégel ont déchiqueté la crête. Les dépressions ont formé des lacs glaciaires, plus importants du côté alsacien que du côté lorrain. Parois à pic dues à l'effondrement et ravinées par l'action glaciaire. Végétation de pelouse primaire (gazon et tourbe), essences tourmentées et rabougries... A cet étage, seuls le hêtre et les sorbiers résistent à peu près aux violents vents d'ouest en hiver.
Le sentier de crête parcourt les chaumes entre le versant abrupt alsacien et le versant lorrain aux formes douces et arrondies. Les hêtres en drapeau nous indiquent le sens dominant du vent (au cas où l'on ne s'en rende pas compte !). Le sentier se poursuit à une altitude comprise entre 1200 et 1300 m. On passe, au-dessus du Lac des Truites, au Gazon de Faite et on arrive, dominant le Lac Vert, au collet du Tanet. Ce col se situe sur la route des Crêtes.

Nous retournons ensuite au calvaire du Lac Blanc par un sentier en contrebas qui passe par le Lac des Truites, le Lac Noir et le Lac Blanc. Le temps s'améliore. Nous sommes de retour au calvaire à 15h30.

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Jeudi 29 juillet 1982 : Collet du Tanet - Mittlach.

Quatre jours plus tard, un bel après-midi d'été... Beaucoup de monde sur les crêtes.
Viviane et moi marchons à 14h45 au départ du collet du Tanet. Cette fois nous avons une vue splendide.
Le sentier monte au rocher du Tanet (1293 m), toujours sur la crête, puis passe à côté de roches impressionnantes (Wurzelstein). En contrebas, du côté alsacien, les Spitzenfels...
Nous cheminons dans une lande de bruyères et de myrtilles.
On retrouve souvent dans les Hautes Vosges les caractères du relief alpestre : lacs de cirque ou morainiques, vallées abruptes et parfois creusées en auge, ruptures de pente formant des cascades, rochers découpés en murs verticaux ou en dent de scie, etc.
Dans ces paysages primaires, le sentier débouche sur le col de la Schlucht, passage le plus élevé et le plus fréquenté des Vosges du Sud, toujours sur la limite départementale. Du col, le GR monte à travers la forêt, passe à proximité du refuge et de la ferme-auberge des Trois-Fours. Il longe la paroi de rochers abrupts qui descendent au cirque sauvage du Frankenthal, dont le rocher d'escalade de la Martinswand.
En cours de route, trompés par les marques forestières rouges ressemblant au jalonnement du Club Vosgien, nous descendons sur le versant alsacien un layon abrupt. Lorsque nous nous rendons compte de notre erreur, il nous reste à remonter sur la crête pour retrouver le GR.

On atteint les chaumes du col de Falimont. Puis on grimpe au sommet du Hohneck (1362 m), massif à la flore exceptionnellement riche, avec quelques espèces rares, vestiges de l'ancienne végétation alpestre : vue panoramique, table d'orientation, restaurant (d'où problème de fréquentation automobile dans ce milieu très fragile).
A partir du Hohneck, le sentier quitte la crête et se dirige vers l'est sur le versant alsacien jusqu'au col du Schaefferthal, longe le flanc escarpé sud du Petit Hohneck. Puis, bordé de digitales pourpres et de framboisiers, il plonge vers le lac du Schiessrothried. Ce lac est dominé par une série de pics de granite dentelés : la chaîne des Spitzkoepfe.
Le sentier s’abaisse ensuite dans la forêt sous des colonnes de beaux sapins pectinés. Accompagnés du murmure perpétuel du ruisseau s'échappant de la vallée glaciaire de la Wormsa, nous atteignons le lac du Fischboedle, magnifique lac glaciaire en contrebas d'une grande moraine. On continue vers la vallée de la Wormsa, joli site interdit à la construction. On traverse la rivière Fecht et on débouche sur la route qui mène à Metzeral, important village de la vallée de la Fecht. Mais nous empruntons à droite la route départementale qui mène à Mittlach. Il est 19h.

A 19h45, nous retrouvons mon ami Jean, garde-forestier, avec qui nous avons rendez-vous. Il nous ramène à la voiture, au collet du Tanet.

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Dimanche 12 septembre 1982 : Mittlach - le Breitfirst.

Mittlach est un village créé au XVIIIe siècle par des bûcherons catholiques venus du Tyrol.

A 9h15, Viviane et moi traversons le village.
Le sentier s’élève en lacets à travers la forêt le long des pentes est du Herrenberg, en un fort dénivelé. On atteint les chaumes et on rejoint la ligne de crête menant au Grand Ballon. On gagne, sur la route des Crêtes, le col du Herrenberg (1186 m) qui domine la vallée de la Thur. Nous mangeons là- haut sur les prairies.
Le sentier continue parallèlement à la route, en longeant le versant ouest, côté lorrain. Il contourne le Hundskopf, dans une de ces zones sommitales exposées aux vents et tempêtes, où le hêtre qui n'a plus rien de majestueux se rassemble en formations enchevêtrées, tordues, et dont la croissance est très ralentie. A travers prairies et forêts d'altitude, le GR 5 atteint le col du Hahnenbrunnen et ensuite débouche sur les magnifiques chaumes du Breitfirst (1280 m).

Depuis le Breitfirst, nous redescendons à Mittlach par un autre sentier : col de Platzerwaesel et Schnepfenriedkopf.

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Dimanche 19 septembre 1982 : Le Breitfirst - Grand Ballon.

Une semaine plus tard, retour dans les Hautes Vosges, au Breitfirst.
A 9h45, nous continuons le GR qui longe la route des Crêtes sur les chaumes jusqu'à la station de ski du Markstein (1200 m). Le site est abîmé par les hôtels et les remontées de ski. Encore beaucoup de voitures et de touristes. Nous nous empressons de quitter ce lieu et de reprendre notre sentier sur les flancs du Marksteinkopf et du Hundskopf.
Le GR 5 traverse la route des Crêtes, contourne le Storkenkopf (deuxième sommet des Vosges : 1364 m). Il atteint la ferme-auberge du col du Haag.
Du col, nous grimpons par le versant sud dans les gazons et les éboulis vers le sommet du Grand Ballon (Ballon de Guebwiller), point culminant des Vosges (1424 m), arrondi par l'érosion. Dans la montée, nous rencontrons quelques chamois.
Au sommet, vaste panorama sur les Hautes Vosges, la plaine d'Alsace, la Forêt Noire et les Alpes. Le monument des Diables Bleus commémore les combats qui eurent lieu dans les Vosges pendant la Première Guerre mondiale.
Le GR descend vers le nord-est jusqu'à l'hôtel du Grand Ballon. Le sentier s'est transformé en boulevard pour les touristes venant de l'hôtel, d'où disparition  de la végétation et ravinement du sol par le ruissellement des eaux.

Depuis l'hôtel, nous retournons, soit par d'autres sentiers, soit par le GR, au Breitfirst où nous arrivons à 17h.

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Lundi 1er novembre 1982 : Grand Ballon - col Amic.

Jour de la Toussaint.
A 8h, nous quittons Rimbach, village dans la vallée de Guebwiller, et grimpons à pied par le col de Judenhut au Grand Ballon, où nous débouchons derrière l'hôtel.

Depuis l'hôtel, nous empruntons la route des Crêtes et, par un sentier à travers des pâturages, atteignons la ferme-restaurant du Ballon. Coupant par deux fois la route, le GR 5 descend dans des prés puis, à travers bois, atteint le col du Firstacker (chapelle du Sudel et cimetière militaire français de la guerre 14-18).  
On pique-nique sur les chaumes en cours de route et on s’allonge dans l'herbe au soleil. Temps splendide en ce jour de Toussaint !
Epousant quelques lacets de la route, nous gagnons par la forêt le col Amic, situé sur la route des Crêtes.

Après cette courte étape sur le GR lui-même, nous entreprenons la descente, par le col de Holzwasen, vers le village de Rimbach où nous arrivons à 15h15.

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Dimanche 21 novembre 1982 : Col Amic - col du Krummbach.

A 9h20, nous partons du col Amic.
Nous arrivons à travers la forêt au pied de la ruine du Freundstein, le château-fort le plus haut situé des Vosges (928 m). Nous poursuivons sur le flanc du Hartmannswillerkopf (Vieil Armand) et atteignons le col du Silberloch. Non loin de là, un cimetière militaire, un monument national français et un ossuaire témoignent des très durs combats de la Première Guerre mondiale.
Nous grimpons vers le Molkenrain (1125 m). Quelques plaques de neige subsistent.


Du sommet, le sentier descend vers une ferme-auberge en contrebas où nous allons manger.

L'après-midi, reprenant notre trajet, nous passons par le Camp Turenne (étape importante de l'armée française sur la route militaire du Vieil Armand). Le sentier contourne deux sommets  jusqu'au Camp des Pyramides, longe le Erzenbachkopf et rejoint un col en forêt, le col du Krummbach. Nous y rencontrons, dans cette forêt d'automne finissant, des chasseurs qui terminent leur repas autour d'un feu.

Depuis ce col, nous rejoignons par d'autres sentiers le col Amic où nous arrivons à 16h30.

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Dimanche 2 janvier 1983 : Col du Krummbach - Plan Diebold Scherer.

Lendemain de Nouvel An.
Au départ de Bitschwiller-lès-Thann à 11h, nous rejoignons le col du Krummbach.

Provenant du col du Krummbach, le GR 5 contourne le Rosenbourg et aboutit, au sommet du Schlossberg, aux ruines d'un ancien château du XIIIe siècle, l'Engelsbourg. Une partie du donjon circulaire est renversée au sol, formant « l’œil de la sorcière ».
Nous cassons la croûte dans la nature non loin de là. Le temps est doux, gris et terne. Pas de neige.

Le sentier descend par le vallon du Kattenbach à Thann, dans la vallée de la Thur.  Il traverse la ville en largeur puis il remonte à l'assaut de la plus haute ligne de crête des Vosges du Sud. On passe à la place du Roi de Rome (560 m), à la source « Guata Brunne » (bonne fontaine) et on atteint le lieu-dit Plan Diebold Scherer (625 m), sur une route départementale, où se dresse un pavillon du Club Vosgien.

De là, par un autre sentier, nous redescendons à Bitschwiller-lès-Thann pour 16h30.

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Samedi 21 mai 1983 : Plan Diebold Scherer - col du Rossberg.

Week-end de Pentecôte.
A 15h, nous avons rendez-vous avec notre amie Chantal à Giromagny. Elle nous emmène en voiture pour une marche de trois jours sur le GR 5.

Viviane et moi commençons à marcher à 16h, au départ du Plan Diebold Scherer. Les sacs à dos sont bien chargés et les capes de pluie sont de sortie. Il fait un temps exécrable : horizon bouché, pluie fine.
Par le rocher de la Chaire du Diable on arrive au col du Hundsrücken, lieu de passage entre vallée de la Thur et vallée de la Doller. La pluie s'est arrêtée mais fait place peu à peu au brouillard qui s'épaissit plus nous montons. Nous débouchons sur les crêtes, au col du Rossberg (1100 m), à 18h.
Le brouillard est si dense que nous décidons de nous arrêter. Nous longeons une clôture entre deux pâtures. De quel côté de cette clôture nous installer ? Au hasard, nous montons notre tente de l'autre côté. Nous mangeons rapidement et, vu l'humidité ambiante, ne tardons pas à nous réfugier sous la tente.

Dimanche 22 mai 1983 : Col du Rossberg - Rundkopf.

A 4h du matin, je suis réveillé par un bruit de mastication bizarre. Je sors de la tente pour me rendre compte qu'un cheval, de l'autre côté de la clôture, est allègrement en train d'essayer d'attirer à lui nos capes de pluie étendues dans l'herbe. Brève confrontation... Je suis le plus fort ! J'en profite avant de me recoucher pour admirer un ciel constellé d'étoiles et les lumières de la vallée. Le beau temps semble revenu.

Et au matin, il est vrai qu'un beau soleil inonde les crêtes. Nous nous rendons compte que nous avons passé la nuit à 50 mètres d'une ferme sans nous en apercevoir.
Nous nous mettons en route à 9h. A travers les pâturages, nous gagnons les rochers dit Vogelsteine, rochers sauvages à 1181 m appelés aussi Falkenstein (rocher des Faucons). Suivant la crête vers le nord-ouest, nous atteignons la ferme-auberge Belacker. Dans les prairies, pâturent  les vaches noires et blanches de la race vosgienne. Rentrant sous forêt, nous passons au Johanneskopf, sur le versant nord du Mittelrainkopf et atteignons le Rimbachkopf (1195 m) où nous avons une vue très étendue.
Nous débouchons au col du Lac des Perches, étroit passage surplombant le Lac des Perches, lac glaciaire en contrebas d'une paroi abrupte. Nous mangeons au col au milieu d'autres randonneurs. Le temps change, les nuages reviennent.

Le sentier longe la paroi abrupte, puis par les flancs de la Haute Berse aboutit à nouveau sur la crête, limite départementale des Vosges et du Haut-Rhin. Par les pâturages de la Berse, on arrive au col des Charbonniers. On domine le long de ce parcours les deux lacs du Grand et du Petit Neuweiher, situés en contrebas dans un très beau cirque montagneux.
Nous continuons par des forêts et des clairières  parsemées d'épicéas, de hêtres et de sorbiers, à travers des marécages, dans un cadre des plus sauvages. Nous passons au-dessus du lac d'Alfeld. Lors d'un arrêt, j'oublie mes jumelles à terre. La pluie commence à tomber, de plus en plus drue.
A 16h, arrivés au Rundkopf (la Ronde Tête : 1117 m), nous décidons de nous arrêter là. Nous  montons la tente sous la pluie, aux abords du sentier. Lorsque je m'aperçois de l'oubli de mes jumelles, je retourne en courant jusqu'à notre dernier arrêt. En vain. En ce week-end de Pentecôte, beaucoup de monde (pas spécialement éclairé !) emprunte les sentiers...
Je suis transi. Nous terminons la soirée sous tente.

Lundi 23 mai 1983 : Rundkopf - Giromagny.

A 8h, nous levons le camp. Le temps ne s'est guère amélioré. Une petite bruine tombe.
Nous grimpons jusqu'au sommet du Ballon d'Alsace par un sentier à travers les rochers et les genêts. La montée est rude.


C'est le sommet le plus méridional des Vosges (1247 m), à cheval sur les limites des départements  des Vosges, du Haut-Rhin et du Territoire de Belfort. Ligne de partage des eaux Mer du Nord- Méditerranée, mais aussi ligne culturelle entre germanitude et latinité...
Au sommet, à la table d'orientation, nous rencontrons les marques de départ du GR 7 (sentier Vosges - Pyrénées) et du GR59 (Vosges - Jura). Depuis le sommet, immense pelouse d’altitude, on gagne la statue de la Vierge et on descend vers la ferme-auberge du Ballon d'Alsace. Entre-temps la pluie s'est arrêtée.
On emprunte la route sur la limite entre le Haut-Rhin et le Territoire de Belfort. Puis on prend un sentier qui remonte légèrement avant de descendre le long d'une piste de ski. On atteint la Chaumière, on longe à nouveau la route, on passe au col du Plain de la Gentiane et, par un large chemin, on arrive à la ferme de Wissgrütt.


Peu après cette ferme, le sentier quitte définitivement l'Alsace et pénètre en Franche-Comté (Territoire de Belfort). Un peu plus loin, le GR 5 retrouve son balisage traditionnel blanc et rouge et abandonne l'itinéraire nord - sud des Vosges au rectangle rouge qui, lui, continue vers Masevaux.
Le sentier s’abaisse doucement à travers le pâturage et pénètre dans le bois. Après une forte descente, on arrive au col de Chantoiseau. La pluie recommence à tomber, de plus en plus fort, sans interruption. A travers les bois  ou les landes de genêts, on atteint le col du Mont Jean.
Nous rejoignons un gîte d'étape vers midi, légèrement hors GR, pour nous permettre de manger nos provisions au sec. Nous sommes les seuls dans ce gîte.
Nous continuons dans l'après-midi notre descente vers Giromagny, petite « capitale » de la partie vosgienne du Territoire. Nous y arrivons, trempés, à 15h et nous y retrouvons notre voiture.

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Lundi 18 juillet 1983 : Giromagny - Bas-Evette.

Nous sommes en vacances.
Nous partons pour 15h30 à Lamadeleine où nous retrouvons Chantal. Elle nous emmène tous les deux en voiture à Giromagny.

A 17h15, départ avec Viviane pour une marche de cinq jours sur le GR 5 : jonction Vosges - Jura.
Les sacs à dos sont lourds, et il fait très chaud.
Nous traversons Giromagny. Le GR s'élève doucement à travers des prés.
Les Hautes Vosges sont terminées. Nous parcourons maintenant la zone sous-vosgienne. La région connut par le passé une intense activité minière, notamment l’exploitation du plomb argentifère et du cuivre.
On s'insinue entre deux étangs et l'on arrive à La Chapelle-sous-Chaux. On passe devant un gîte d'étape. Après la traversée du village, on continue au milieu des étangs. On s’introduit sur une bande de terre entre l'étang de Malsaussis et celui de la Véronne.
L'endroit est sympathique. Nous décidons de passer la nuit en ce lieu, sur une petite colline entre les deux étangs. Les nuages ne sont pas menaçants. Nous n'avons pas envie de monter la tente : nous bivouaquons à la belle étoile (en compagnie de quelques moustiques !).

Mardi 19 juillet 1983 : Bas-Evette - Brévilliers.

Dans la matinée, nous quittons les étangs pour rejoindre le hameau de Bas-Evette. Le soleil commence à chauffer. A la dernière maison du hameau, nous demandons à boire à une vieille dame, et nous emplissons les gourdes. Nous nous dirigeons à travers prés vers le village de Salbert.
Le sentier entreprend une montée raide vers la crête de la montagne de Salbert (625 m), dernière avancée vosgienne surplombant Belfort. On atteint le fort de Salbert, puis on descend à travers la forêt pour rejoindre un lacet de la route.
Une aire de pique-nique sous les arbres est la bienvenue pour casser la croûte. Sur une autre table, des ouvriers de Belfort sont là eux-aussi pour la pause de midi.

Après le bois du Petit Salbert, on pénètre en Haute-Saône et on débouche sur Chalonvillars. A la sortie du village, un vieil homme nous invite à boire un coup dans sa masure. Ensuite nous pousuivons notre chemin par les flancs des dernières collines sous-vosgiennes. Nous rejoignons les « terres froides » vallonnées de la Porte de Bourgogne (trouée de Belfort) : grand couloir entre plaine d'Alsace et sillon Saône - Rhône, entre Europe centrale et Europe méditerranéenne.
Nous traversons Echenans, rejoignons la RN 83 puis entrons dans Brévilliers. C'est la canicule. Des gens qui nous regardent passer par leur fenêtre s'exclament : « Et en plus ils ont de grosses chaussures ! » Nous traversons le village et nous engouffrons dans un petit café-épicerie pour éponger la soif (diabolo menthe et bière !). Nous y faisons quelques courses.
Après cette pause, nous empruntons un chemin qui s'élève à travers prés. Nous décidons de bivouaquer à la lisière d'une forêt. Nous montons la tente et passons la soirée au soleil couchant. A 20h, il fait encore très chaud.
Quand la nuit est tombée, un chevreuil se fait entendre. Puis un orage éclate, heureusement peu violent.

Mercredi 20 juillet 1983 : Brévilliers - Fesches-le-Châtel.

Au matin, le GR 5 nous conduit dans le bois. Nous pénétrons dans le Pays de Montbéliard : bornes-frontières du XVIIIe siècle délimitant le Pays de Montbéliard et la France. C'est aussi la limite départementale entre la Haute-Saône et le Doubs. 500 mètres plus loin, nous pénétrons à nouveau dans le Territoire de Belfort.
Il fait lourd. Les taons sont agressifs et s'abattent sur nous en nuées. Après un long parcours sous bois, on contourne Châtenois-les-Forges. On pénètre dans le département du Doubs et on atteint le village de Nommay, aux portes de Sochaux. Après une erreur de parcours qui nous mène dans une pâture à taureaux, nous longeons une série d'étangs. Beaucoup de monde autour des plans d'eau...
On traverse un pâturage pour contourner le dernier étang et rejoindre l'autoroute A36. On suit alors un chemin de halage le long du canal de Montbéliard à la Haute-Saône puis du canal du Rhône au Rhin, jusqu'à Fesches-le-Châtel

Après avoir bu un pot, nous quittons le village bas par le cimetière et arrivons en lisière de forêt. C'est là, dans un pré au bord d'une pâture, que nous nous arrêterons ce soir, un peu à l'écart d'un passage de sangliers repéré plus loin. Nous passons la soirée devant la tente, bercés par le carillon des vaches de race montbéliarde (les premières que nous rencontrons sur le trajet). Comme hier, à 20h, il fait encore très chaud.

Jeudi 21 juillet 1983 : Fesches-le-Châtel - La Papéterie.

Nous reprenons notre marche sous une futaie de chênes et de hêtres, vers Dasles  puis Vandoncourt. On rencontre ici le GR du Pays de Montbéliard avec lequel nous allons faire route commune.
Après le village de Vandoncourt, le sentier commence à s'élever. Nous abordons les bas plateaux calcaires du massif jurassien, et nous atteignons le pont Sarrazin. C'est une arche naturelle résultant de la dissolution du calcaire par les eaux. Le GR monte au-dessus de l'arche par un escalier en bois et continue sur le plateau, en forêt puis à travers des prairies. On traverse le village d'Abbévillers puis on descend dans un vallon encaissé jusqu'au café-restaurant La Papéterie (commune de Glay).

Nous installons notre tente à proximité et mangeons au restaurant : du poisson de la Doue, le ruisseau local. Le propriétaire nous propose l'hébergement, vu les risques d'orages (violents dans le vallon). Mais nous préférons notre tente. En la rejoignant, nous rencontrons un habitué qui arrive lentement en voiture suivi d'un chien et d'un sanglier !

Vendredi 22 juillet 1983 : La Papéterie - St-Hippolyte.

Il n'y aura pas eu d'orage.
Au matin, nous quittons la vallée et montons par un sentier jusqu'à la frontière franco-suisse. Nous allons suivre pendant 4 km cette frontière matérialisée par de grosses bornes en pierre. Nous la quittons  pour traverser un grand pâturage et déboucher sur Villars-lès-Blamont.
Après ce village, le sentier aborde les montagnes du Lomont, chaîne montagneuse transversale qui sépare les bas plateaux des plateaux centraux du Jura. Nous atteignons une crête et rejoignons la redoute de l'ancienne batterie du fort du Lomont (804 m) : panorama sur le pays de Montbéliard et la trouée de Belfort.
Le GR continue sur un plateau  à travers des pâturages. On rencontre deux passages canadiens, fréquents dans le Jura (fosses recouvertes d'une grille à rouleaux qui empêche le passage du bétail mais laisse la libre circulation aux véhicules).
A la ferme Le Tremblois, le GR 5 se sépare du GR du Pays de Montbéliard et atteint le village de Chamesol. On remarque les voûtes en pierre au-dessus des portes de grange, et sept fontaines, la plupart en eau.
Après le village, le GR descend dans la vallée du Doubs et arrive à proximité de St-Hippolyte.
Premier contact avec le Doubs qui, descendant des hautes chaînes du Jura, coule vers Montbéliard où il effectuera sa grande boucle et inversera son cours vers le sud-ouest jusqu'à la Saône.

Le sentier n'entre pas dans le village. Quant à nous, nous descendons au terrain de camping et nous y installons pour la nuit. Il y a beaucoup de monde, essentiellement des habitués qui s'y retrouvent chaque année.

Nous en repartirons demain matin par le bus et le train.

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